L'antiquité
Les Phéniciens
Descendants des bâtisseurs de menhirs et des bâtisseurs de tours, Libyens, Ibères ou Ligures, les Corses ne nous livrent pas le secret de leurs origines.
On présume qu'ils sont déjà la résultante d'un brassage de populations. On en devient sûr quand abordent dans l'île les marins de la Méditerranée orientale, Phéniciens et Grecs.
Les Phéniciens ont le goût de l'aventure et du commerce.
Ils sont en quête d'entrepôts sur les routes de l'ambre et de l'étain. Après avoir fondé des comptoirs à Chypre, en Sicile, en Sardaigne, ils rencontrent logiquement la Corse sur leur route. Les creux du Cap Corse, les criques de la Balagne répondent à leurs besoins.
Ce sont sans doute les gens de Phénicie qui donnent à la Corse son nom.
Les Grecs de Phocée
Les Grecs vagabondent eux aussi dans les parages. II se peut que les vaincus de la guerre de Troie y cherchent un refuge.
Ajax n'a sûrement pas fondé Ajaccio. Mais Ulysse peut-être a fait escale dans le fjord de Bonifacio, qu'évoquerait Homère quand il parle du pays lestrygon "Une double falaise, à pic, sans coupure, se dresse alentour, et deux caps allongés, qui se font vis-à-vis au-dessus de l'entrée en étranglent l'ouverture... Pas de doute, pas de flot, point de ride; partout un calme blanc."
Les Phocéens, eux, ne relèvent ni de la légende, ni du poème épique. Chassés par la pression des Perses, ils essaiment sur la côte Provençale, puis sur le rivage Corse, face à l'Etrurie.
La mer Tyrrhénienne est à demi fermée, avec des îles qui favorisent le cabotage. Sur cette côte rectiligne, ils repèrent le site idéal, près de l'estuaire d'un fleuve et à portée de lagunes propices à des installations portuaires.
Les navires Grecs n'ont qu'un faible tirant d'eau, et ils n'ont pas besoin d'autres mouillages. Point d'écueil. Les vents d'Ouest sont arrêtés par les montagnes. Les courants maritimes sont favorables.
Tout un petit peuple d'émigrants s'établit, avec femmes, enfants et statues des dieux. C'est Alalia ( Aleria) qui naît, fille de Phocée.
Des Grecs de Phocée, en Asie Mineure furent les premiers hommes civilisés à découvrir la Corse, bien que l'île est été habité au moins depuis le 7ème millénaire avant notre ère. Vers 565 av JC, ils établirent un comptoir commercial sur la côte orientale ; les merveilleuses céramiques qu'ils se procurèrent dans les centres de fabrication les plus renommés de la Méditerranée, témoignent de leur prospérité.
Ils firent connaître à leurs voisins Corses, peuple simple aux mœurs pastorales l'existence d'une haute civilisation avec sa littérature, ses arts et ses croyances.
Alalia ne ressemble pas aux villages Corses, faits de rochers et de huttes. Elle aligne de vraies demeures au long de rues et de places dessinées par des urbanistes. Elle importe de Grèce amphores, coupes et cratères. Elle introduit la vigne et l'olivier dans la plaine orientale, elle enseigne l'écriture et l'art de saler le poisson, elle exploite des gisements d'argent, de fer, de plomb.
Refoulés dans la foret et le maquis, les Corses de l'intérieur élèvent leurs chèvres. Aux Grecs du littoral, ils vendent le miel, la cire et la résine: premiers échanges, premiers contacts, premiers mélanges.
Sur l'origine d'Aléria, le vieil Hérodote, au Ve siècle av JC, nous a laissé un récit dont les fouilles ont confirmé la véracité.
On y apprend que les Phocéens, ces Grecs d'Asie Mineure qui ont joué "un rôle de premier plan dans la colonisation Grecque de l'occident Méditerranéenne, où elle (Phocée) fut la principale concurrente des Phéniciens puis de Carthage, assiégés par les Perses de Cyrus, décidèrent d'abandonner leur ville et s'installèrent avec femmes et enfant dans une ville dont le nom était Alalia et où "20 ans auparavant ils avaient d'après un oracle relevé (ou élevé ?) une ville".
Disons pour simplifier, que le gros de la colonie Phocéenne s'installe avec armes, bagages et dieux autour de 540 av JC. Ils y resteront des siècles, y construisant une ville harmonieuse, prospère, qui survivra même aux défaites et aux occupations successives jusqu'à sa destruction totale au début du Vème Siècle après JC par les mains des Vandales.
Mais la Corse éveille d'autres appétits. Les Carthaginois, héritiers des Phéniciens, colonisent la Sardaigne et Rêvent d'étendre leur empire marchand sur la Corse.
Les Etrusques, établis au pays toscan, se sont emparés de l'île d'Elbe. Coalisées, les flottes carthaginoises et étrusques se heurtent devant Alalia (Aléria) à soixante navires phocéens (La bataille navale d'Alalia en 535 avant JC). A la suite de cette bataille, que rapporte Hérodote, Carthaginois, Etrusques et Phocéens se mêlent sur le sol Corse, et jusque dans Alalia, comptoir cosmopolite.
Cette nouvelle hégémonie ne dure qu'un temps. Les Etrusques, Battus sur le continent par une coalition latino-volsque, écrasés sur mer par Syracuse et Cumes, menacés au Nord par les Gaulois, au Sud par les Samnites, durent abandonner la Corse, où, du reste, ils ne s'étaient pas implantés durablement, même à Aléria.
Tout au plus peut-on, en définitive, supposer que , "les Etrusques limitèrent donc leur occupation au littoral, se contentant de tirer profit des forêts ou de faire ramasser quelques produits de cueillette tel que la cire et le miel". A quoi l'on pourrait peut-être ajouter les minerais.
Les Carthaginois, tout comme leur alliés, et bien qu'il aient pourtant établis une garnison à Aléria ne restèrent que très peu de temps en Corse. L'occupation Carthaginoise fut particulièrement dure: "Ils détruisirent tout ce qu'il y avait dans les deux îles (Sardaigne et Corse) de plantes utiles et d'arbres fruitiers, défendant aux habitants sous peine de mort de rien semer ou planter qui pût fournir aucune sorte de nourriture".
La Corse en aura-t-elle jamais fini avec les envahisseurs ? Cela ne fait que commencer. Les Syracusains entrent dans le jeu. Au sud de la côte orientale, ils découvrent un abri sûr dans un golfe échancré, où ils aménagent une base: Port Syracusain, qui sera Porto Vecchio.
Si la Corse est bonne à prendre pour les peuples de la mer, comment ne le serait-elle pas pour ses voisins de la terre ferme, ces Romains qui entendent faire de la Méditerranée le bassin clos de leurs ambitions ?
L'île doit leur tenir lieu de rempart et d'avant-poste. Le simple souci de la sécurité et de l'expansion fraye ici les voiles de l'impérialisme: la Corse sera romaine.
Puisque les Carthaginois ont eu l'impudence de devancer les Romains à Alalia, c'est à cette place que Rome livre son premier assaut. La ville est prise et détruite, c'est une véritable démonstration de force.
Cependant, la vraie conquête est entreprise vingt ans plus tard. Les Puniques sont chassés. Les Corses de la montagne résistent: il faudra cent ans pour venir à bout de ceux qui, dans leur maquis, refusent la paix de Rome (Pax Romana).Dix campagnes seront nécessaires, qui n'asserviront jamais tout à fait ce peuple indomptable.
Pourtant, au moins sur le pourtour littoral, sur les flancs des collines, sur les grandes artères, la colonisation est féconde. Rome sait régner sans opprimer, mettre en valeur sans exploiter. Libérale, elle respecte les cadres et les usages locaux, maintient la division en tribus, tolère tous les dieux.
Auguste érige la Corse en province impériale, avec un procurateur qui réside à Alalia, devenue Aléria. L'île est colonie de peuplement: Marius y donne des terres à ses vétérans, près d'une ville qui prend son nom Mariana.
Sylla a établi ses légionnaires à Aleria. Puis viennent des Bataves, des Gaulois, des Germains, qui font choix de l'île pour leur retraite. Les insulaires les plus farouches ne peuvent rester insensibles à six ou huit siècles d'occupation. Leurs coutûmes composent avec les principes des juristes latins.
Leur langue même s'efface: Sénèque, qui entend jargonner autour de lui, croit déceler "un mélange confus de latin, de Cantabre, de ligure et de grec". Autant dire qu'il n'y comprend rien, tout en décelant la part grandissante du vocabulaire romain.
Les Corses se mettent à parler l'argot bas latin du soldat occupant. Leurs toponymes, qui gardent parfois la marque de radicaux pre-indoeuropeens (Cargèse, les Calanches, Polasca...) font la plus large place aux racines latines (Castagniccia, Figari. Oliveto, Vivario, Corbara...).
De la paix romaine, il subsistera d'autres traces que de simples noms: des routes naturellement, mais moins en Corse qu'ailleurs, parce que le terrain ne s'y prête guère, des eaux thermales et minérales (Orezza, Speloncato...) des ports, et des villes. Aléria a son forum, son prétoire, ses villas , ses boutiques, son temple ses thermes et ses égouts. Un Timide reflet de Rome.
A Rome, la Corse vend ses granits, ses minerais, son huile d'olive, son miel, son liège dont les Romains usent pour boucher les amphores, pour ressemeler les sandales, pour parer les filets de pêche pour enrober les ancres des navires et même pour composer certaines médecines.
Les historiens qui plus tard se feront une règle de souligner les méfaits du colonialisme dénonceront les pillages auxquels se livrent les publicains et les rançons fiscales que doivent supporter les indigènes. Ils omettront de dire que Rome achète à la Corse plus qu'elle ne lui vend, qu'elle indemnise les propriétaires évincés et que la balance des paiement de la Corse est excédentaire.
L'île se peuple et s'enrichit.
Quelques Corses s'aperçoivent au surplus qu'ils peuvent conquérir le conquérant, Ils servent, hors de l'île, dans les corps auxiliaires, dans les cohortes, dans les administrations romaines. Ils peuvent y acquérir la citoyenneté. Il leur arrive de devenir général ou magistrat. Les Corses n'oublieront pas qu'en émigrant ils seront capables de prendre les places utiles.

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